Baisse des entrées en apprentissage, financement des CFA sous tension, marges qui se réduisent, investissements plus difficiles… Le rapport d’information n° 2992 de l’Assemblée nationale, publié le 30 juin 2026, dresse un état des lieux préoccupant du financement de l’apprentissage en France.
Présenté par les députés Emmanuel Maurel et Estelle Mercier, ce rapport analyse les conséquences de la diminution des dépenses publiques en faveur de l’apprentissage depuis 2022. Pour les CFA, plusieurs chiffres viennent objectiver des difficultés déjà largement constatées sur le terrain.
Apprentissage, les nouveaux contrats reculent pour la première fois depuis 2015
Après plusieurs années de croissance historique, les entrées en apprentissage ont diminué de 4,94 % en 2025. 846 683 nouveaux contrats d’apprentissage ont été conclus en 2025, contre près de 879 000 en 2024. Et cette tendance pourrait se poursuivre. Le rapport évoque une prévision d’environ 800 000 entrées en apprentissage en 2026. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs, mais les rapporteurs soulignent notamment les conséquences de la réduction et des évolutions successives des aides à l’embauche d’apprentis.
Le taux de marge moyen des CFA a été divisé par deux
La situation financière des CFA constitue l’un des principaux points d’alerte du rapport. Selon les données de France compétences reprises par les parlementaires, le taux de marge moyen des CFA est passé de 10,6 % en 2022 à 5,1 % en 2024. Dans le même temps, la proportion de CFA déficitaires a progressé : elle était de 21 % en 2021, contre 34 % en 2024. Les charges supportées par les CFA ont également fortement augmenté. Entre 2020 et 2024, elles sont passées de 3,6 milliards à 8,2 milliards d’euros, soit une hausse de 128 %, alors que le nombre de contrats d’apprentissage progressait de 58,7 % sur la même période.
Des CFA de plus en plus confrontés à des difficultés de trésorerie
Le rapport relaie également une enquête de la FNADIR réalisée en avril 2026 auprès de 217 CFA. Parmi les établissements ayant répondu, 41 % indiquaient avoir été déficitaires en 2025 et 56 % anticipaient un déficit en 2026. La trésorerie constitue également un point de vigilance : 24 % des CFA interrogés disposent de moins d’un mois de trésorerie. Ces chiffres ne représentent pas l’ensemble des CFA français, mais ils illustrent les tensions économiques rencontrées par une partie importante du secteur.
Le financement des CFA pèse aussi sur leur capacité à investir
Les difficultés ne concernent pas uniquement le fonctionnement quotidien des centres de formation. Le rapport alerte également sur la capacité des CFA à investir dans leurs équipements, leurs locaux et leurs plateaux techniques. Un enjeu particulièrement important dans les formations nécessitant des investissements lourds : industrie, bâtiment, automobile, agriculture ou encore métiers techniques. Les rapporteurs proposent notamment de ramener à 180 millions d’euros l’enveloppe destinée à soutenir les investissements des CFA au niveau régional.
Financement de l’apprentissage, les CFA ont besoin de visibilité
Au-delà des montants, le rapport pose une question centrale, celle de la stabilité du modèle de financement de l’apprentissage. Créer une formation, recruter des équipes pédagogiques, investir dans un plateau technique ou développer des partenariats avec des entreprises nécessite de pouvoir se projeter sur plusieurs années. Or les évolutions successives des niveaux de prise en charge, des aides aux employeurs et des enveloppes de financement rendent cette projection plus difficile pour les CFA. Cette instabilité est aujourd’hui identifiée par les rapporteurs comme l’un des facteurs de fragilisation du modèle.
Une trajectoire pluriannuelle de financement des CFA parmi les propositions
Face à ce constat, les rapporteurs proposent notamment d’instaurer une trajectoire pluriannuelle de financement des CFA afin de leur offrir davantage de visibilité. Ils recommandent également de renforcer les moyens consacrés à l’investissement, de mieux prendre en compte la qualité des formations dans leur financement, d’étendre InserJeunes à l’ensemble des formations en apprentissage, de mieux articuler l’offre de formation avec les besoins en compétences des territoires et de renforcer la formation des maîtres d’apprentissage. Ces propositions sont, à ce stade, des recommandations parlementaires et non de nouvelles mesures réglementaires.
Quel avenir pour le financement de l’apprentissage ?
Après plusieurs années de forte croissance, l’apprentissage entre dans une nouvelle phase. Les chiffres publiés dans ce rapport mettent en lumière une question essentielle : comment garantir un financement de l’apprentissage suffisamment stable et durable pour permettre aux CFA de continuer à former, investir et accompagner les jeunes et les entreprises ? Pour les CFA, la visibilité financière n’est pas uniquement un enjeu budgétaire. Elle conditionne directement leur capacité à maintenir la qualité des formations, développer de nouveaux parcours, investir dans leurs équipements et répondre aux besoins en compétences des territoires.
Un constat qui rejoint une conviction portée par Walt : l’apprentissage ne peut pas se construire au gré des ajustements annuels. Il a besoin d’une ambition et d’une trajectoire de long terme. 👉 lire le plaidoyer Walt
👉 Pour aller plus loin, consultez le rapport d’information n° 2992 de la Commission des finances de l’Assemblée nationale : « Les conséquences de la diminution des dépenses publiques en faveur de l’apprentissage depuis 2022 ».