Cartographie de l’alternance : L’apprentissage, un ancrage

L’apprentissage, une réponse adaptée aux besoins des territoires

Les incertitudes politiques et budgétaires ont fragilisé l’appareil de formation sur l’ensemble du territoire français.

En 2024, en France, 33 % des CFA étaient en déficit d’exploitation, une situation qui s’est encore dégradée en 2025. En 2024, le taux de marge moyen des organismes de formation en apprentissage a également poursuivi sa baisse pour atteindre 5,1 %, soit 3,5 points de moins qu’en 2023.

Or, un appareil de formation en déficit, c’est une offre de formation qui se réduit, des investissements qui s’amenuisent, des plateaux techniques qui vieillissent, des projets pédagogiques qui sont reportés et, à terme, des jeunes qui renoncent à certaines formations faute de solutions à proximité de chez eux.

Concrètement, cela peut se traduire par la fermeture d’une formation aux métiers du bâtiment dans un département rural, par le report de l’acquisition d’équipements destinés à former les futurs techniciens de maintenance industrielle ou encore par l’impossibilité d’ouvrir une nouvelle filière dédiée aux métiers de la transition énergétique malgré les besoins croissants des entreprises locales.

Cette réalité est particulièrement préoccupante dans les territoires déjà confrontés à des difficultés structurelles d’accès à la formation ou à l’emploi. Dans les DROM, par exemple, où l’apprentissage reste encore en phase de consolidation, cette dégradation pourrait freiner une dynamique positive qui commençait progressivement à produire ses effets sur l’emploi des jeunes et le développement économique local.

l'alternance, un ancrage

L’apprentissage, levier de dynamisation des territoires

Au-delà de sa dimension éducative, l’apprentissage constitue également un véritable outil d’aménagement du territoire.

Le maintien d’un CFA ou d’une offre de formation sur un territoire participe à l’attractivité locale, soutient les entreprises de proximité et favorise l’installation durable des jeunes actifs.

Un CFA n’est pas seulement un lieu de formation. Il fait travailler des formateurs, mobilise des entreprises partenaires, accueille chaque année des centaines de jeunes qui consomment, se logent et participent à la vie économique locale. Dans de nombreuses villes moyennes et territoires ruraux, il constitue un équipement structurant au même titre qu’un lycée ou un campus universitaire.

À l’inverse, la disparition de formations peut entraîner un cercle vicieux : départ des jeunes vers d’autres territoires, difficultés de recrutement pour les entreprises locales, baisse de l’activité économique puis affaiblissement progressif du tissu économique local.

Préserver un maillage territorial dense des CFA revient donc à préserver des opportunités d’emploi, de développement économique et de cohésion sociale.


taux d'emploi réunion vs france métropolitaine

L’apprentissage, développer l’économie des territoires tout en limitant le départ de ses populations

À La Réunion, 33 % des 15-29 ans occupaient un emploi en 2024, soit une progression de 7 points depuis 2019. Cette amélioration s’explique notamment par le développement rapide de l’apprentissage sur le territoire : le nombre d’apprentis y a été multiplié par cinq depuis 2018.

Cette progression a notamment accompagné les besoins de secteurs tels que le BTP, les services à la personne, le commerce, le numérique ou encore les métiers de la maintenance, qui peinaient auparavant à recruter localement.

Les résultats en matière d’insertion professionnelle sont particulièrement significatifs : 50 % des anciens apprentis titulaires d’un CAP sont en emploi sur le territoire six mois après la fin de leur formation. Cette proportion atteint 80 % pour les anciens apprentis issus d’une licence professionnelle ou d’un master professionnel. Ces chiffres illustrent la capacité de l’apprentissage à créer des trajectoires d’insertion locales et à renforcer durablement les compétences disponibles sur les territoires.

Certains territoires, en particulier la Guadeloupe et la Martinique, restent néanmoins confrontés à un vieillissement démographique important qui s’explique en partie par une fuite des talents vers l’Hexagone.

En moyenne, un natif d’Outre-mer sur trois quitte son territoire pour poursuivre ses études ou construire son parcours professionnel en France hexagonale.

Le développement de formations en apprentissage adaptées aux besoins économiques locaux constitue ainsi un levier concret pour offrir des perspectives professionnelles sur place et favoriser le retour ou le maintien des jeunes diplômés, notamment dans des secteurs stratégiques comme le tourisme, la santé, la transition énergétique, l’économie bleue ou encore les services à la personne.


L’apprentissage, une réponse aux métiers en tension

Les besoins de recrutement diffèrent fortement d’un territoire à l’autre :

  • En Bretagne, les besoins concernent notamment les industries agroalimentaires et les métiers de la mer.
  • Dans les Hauts-de-France, la réindustrialisation renforce les besoins dans la maintenance industrielle, la logistique ou la métallurgie.
  • En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les tensions se concentrent dans le tourisme et l’hôtellerie restauration.
  • Dans les territoires ultramarins, les besoins sont particulièrement marqués dans le BTP, la santé, les services à la personne ou encore les métiers liés à la transition écologique.

L’apprentissage offre la souplesse nécessaire pour adapter rapidement l’offre de formation à ces réalités locales. Cette proximité entre les CFA, les entreprises et les acteurs économiques permet de construire des formations directement alignées avec les besoins de recrutement des territoires. Elle facilite également l’émergence de nouvelles formations lorsque les besoins évoluent, qu’il s’agisse des métiers liés à la cybersécurité, à l’intelligence artificielle, à la rénovation énergétique des bâtiments ou encore aux nouvelles technologies industrielles.

Il constitue ainsi un outil particulièrement efficace pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, accompagner les mutations économiques et sécuriser le développement des territoires.


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